Notre projet d’immigration

Souvent on nous pose la question suivante: « Mais pourquoi voulez-vous partir? Vous avez deux bons jobs, deux bons salaires, vous vivez dans une belle région, la famille pas si loin… Et puis la France est un pays privilégié! Tout le monde rêve de vivre en Provence et vous voulez la quitter ». Certes tout cela est complètement vrai.

Notre envie d’ailleurs n’est pas récente. Nous avons toujours été passionnés de voyages, et sommes en particulier attirés par l’Amérique du Nord. Nous avions pensé un temps à tenter l’aventure aux Etats-Unis, mais cette idée a vite été abandonnée pour plusieurs raisons: insécurité, système de santé, climat politique.

J’avais, pour ma part, déjà effectué un voyage au Canada en 2007. J’avais surtout été frappée par l’accueil et la bienveillance des gens, ce sentiment de possible, la liberté que l’on ressent dans ces grands espaces; et puis cette culture québécoise, à mi-chemin entre notre vieille Europe et le rêve américain.

Le projet de partir vivre au Canada a commencé à germer dans nos esprits il y a environ quatre ans. C’était à l’époque un « pourquoi pas ». Mais les planètes n’étaient pas alignées à ce moment-là: soucis familiaux, on venait d’acheter notre maison, notre fils n’avait pas un an… Tout me semblait trop compliqué et je n’étais pas dans un état d’esprit assez combatif pour entreprendre un tel changement de vie. Mais alors, pourquoi maintenant me direz-vous? Sans être du tout une adepte du « c’est le destin », je dois tout de même reconnaitre que c’est une suite d’événements, finalement liés les uns aux autres, qui nous ont fait voir cette décision comme une évidence.

L’an dernier, nous avions déjà pris une décision similaire, quoique moins ambitieuse. Un ras-le-bol du travail dans lequel j’étais, l’envie de retrouver les montagnes des Alpes, de se rapprocher de la famille. Nous avons vendu notre maison, déménagé dans les Alpes, repris un mode de vie moins stressant et plus calme. C’était en novembre 2019. Après quelques mois de cette nouvelle vie et nouveau job pour moi, toujours ce sentiment de « non-achevé ». Il nous manquait toujours ce je-ne-sais-quoi qui fait que le quotidien nous semble un peu plus excitant. Et puis le retour aux sources ne s’est pas accompagné de l’impression d’être « chez soi » que j’attendais. Pour autant, notre côté parents raisonnables nous soufflait à l’oreille: « abandonne l’idée, ça ne se fera jamais. » Nous avons signé un compromis d’achat pour un terrain, il faut s’y faire, et devenir raisonnables.

Et puis Pierre reçoit un message sur Linkedin, comme souvent. L’objet dit « proposition d’emploi Montréal ». Il me dit « je ne l’ouvre pas, ça va me contrarier ». Et je réponds : « vas-y, ça ne coûte rien de regarder ». A cet instant, le projet revient en tête, comme une résurgence évidente d’un rêve que l’on pensait perdu. Pierre répond à ce mail, un entretien est convenu dès le lendemain. Nous nous rétractons sur le terrain signé, sans même savoir si le projet va aboutir. En une semaine, il reçoit une proposition de contrat d’embauche. C’est parti!

Nous sommes mi-mars 2020… le confinement vient d’être prononcé, l’insécurité grandit en France, une morosité ambiante qui plombe l’actualité, et de notre côté nous connaissons enfin l’enthousiasme qui nous manquait depuis un moment. Un mélange de crainte, de doutes… Notre fils de 4 ans a déjà connu deux écoles, trois maisons. En onze ans de vie de couple, nous avons déjà déménagé quinze fois. Nos proches nous arguent qu’il faudrait enfin être stables, car la normalité est là. Nous nous posons beaucoup de questions, notons les arguments pour et contre, tentons de comparer les deux situations. « Rester ici » vs « Partir ». Et puis une réflexion me parait tellement concrète: les seuls arguments qui me font hésiter à partir, résident dans des doutes et une peur de l’inconnu. Finalement, c’est tellement plus simple de rester dans le confort du connu. Et si cette prise de risque était la bonne?

Bien sûr la difficulté sera de s’éloigner de la famille, d’inventer une nouvelle façon d’être proches, que Léo garde un contact privilégié avec ses grands parents malgré la distance. Mais le jeu nous semble en valoir la chandelle. L’avenir nous dira si l’on a eu raison. Mais l’élément principal, sous-jacent à toute cette démarche, demeure : que l’aventure corresponde à nos attentes ou pas, que l’on décide de s’installer définitivement au Canada ou pas, … nous ne voulons pas regretter de n’avoir pas tout fait pour réaliser ce rêve. Aucun choix n’est facile à faire, mais aujourd’hui, dans le contexte des dernières années, ce choix nous parait être le meilleur pour notre petite famille. Nous voulons élever notre fils dans une certaines curiosité du monde, dans l’amour de découvrir l’autre et l’ailleurs, et lui offrir des opportunités et un avenir que nous pensons désormais impossibles à trouver en France. Nous ne sommes pas naïfs, aucun El-Dorado ne nous tend les bras, l’herbe n’est pas forcément plus verte ailleurs, mais la découverte l’est, l’étonnement aussi, d’autres valeurs et une autre culture encore. Notre mantra reste en permanence dans nos esprits, comme une pierre sur laquelle se reposer dans les moments de doute; cette litanie prononcée par Jacques Brel en 1968 et que je trouve tellement porteuse d’espoirs et actuelle:

« Je vous souhaite des rêves à n’en plus finir et l’envie furieuse d’en réaliser quelques uns.
Je vous souhaite d’aimer ce qu’il faut aimer et d’oublier ce qu’il faut oublier.
Je vous souhaite des passions, je vous souhaite des silences.
Je vous souhaite des chants d’oiseaux au réveil et des rires d’enfants.
Je vous souhaite de respecter les différences des autres, parce que le mérite et la valeur de chacun sont souvent à découvrir.
Je vous souhaite de résister à l’enlisement, à l’indifférence et aux vertus négatives de notre époque.
Je vous souhaite enfin, de ne jamais renoncer à la recherche, à l’aventure, à la vie, à l’amour, car la vie est une magnifique aventure et nul de raisonnable ne doit y renoncer sans livrer une rude bataille.
Je vous souhaite surtout d’être vous, fier de l’être et heureux, car le bonheur est notre destin véritable. »

4 réflexions au sujet de “Notre projet d’immigration”

  1. Excellent article. Un choix que je respecte forcément, que tu racontes avec beaucoup d’humilité et d’honnêteté. Bravo ! C’est toujours inspirant de connaitre les éléments qui ont déclencher un changement de vie, mais surtout de se rendre compte que tout est possible. Je te souhaite, ainsi qu’à ta famille une superbe aventure au Canada. 😉

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  2. Bonjour,
    J’aime beaucoup cet article, il me fait beaucoup réfléchir sur cette impression que j’ai aussi au plus profond de moi, c’est-à-dire j’ai tout (travail, femme et enfants, chien, maison, et j’aime mon pays qui est la Suisse) et pourtant je sens un grand vide… En lisant cet article, je pense que c’est l’envie de me détacher de tout ce train-train quotidien). Merci pour ce magnifique article.
    Christophe

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